Étendard

2015

Compte-rendu 

 

Lors de la grève des 12 et 13 novembre 2015, tenue par tous les employés et toutes les employées du Cégep de la Gaspésie et des îles, Campus de Gaspé, ainsi que par les étudiantes et les étudiants, un projet artistique et engagé a émergé sous l’impulsion de l’enseignante en arts plastiques Élise Dubé. Toutes les personnes présentes furent invitées à apporter des étoffes ou des vêtements usagés de couleur rouge. À partir de ces tissus, nous souhaitions, collectivement, assembler un grand étendard qui deviendrait un signe de ralliement, le symbole de nos revendications. Ces dernières visent notamment des conditions de travail décentes de même que l’accès à une éducation supérieure de qualité en région.

 

En parallèle au chantier, les enseignants, les employés et les étudiants furent également invités à réfléchir sur trois questions : 

- Quelle forme pouvons-nous donner à la construction textile?

- Quelles actions pouvons-nous entreprendre avec l’objet?

- Quels lieux pouvons-nous investir avec l’étendard?

 

Parfois sous la pluie et le vent, souvent sous les rires, le travail s’est poursuivi pendant les deux jours. Déjà le jeudi matin, il avait été suggéré, et déterminé par consensus, que l’étendard serait équipé de poignées afin d’ouvrir la marche prévue le midi. Vendredi, devant l’ampleur de l’assemblage, il fut proposé que ce dernier soit suspendu dans l’escalier central du Pavillon René-Lévesque, idée qui charma les collaborateurs et les collaboratrices.

 

En conclusion, la nature exacte de l’activité entourant l’Étendard fut dévoilée aux manifestants et aux manifestantes : la manœuvre, une forme d’art moins connue du grand public mais, qui dans ces circonstances d’austérité apparaît des plus pertinentes.

 

Développée à Québec au début des années 1990 par le collectif Inter/Le Lieu, la Manœuvre est une conception de l’art performatif (performance) reposant sur l’élaboration de stratégies de détournements afin de bouleverser les habitudes des gens face à l’art, mais surtout afin d’envisager de nouvelles modalités d’interventions artistiques dans la sphère publique. Les œuvres issues de la Manoeuvre débordent donc rapidement dans le social en suscitant une participation relevant à la fois de la création collective et de l’engagement individuel. En somme, il s’agit ici de démontrer que l’approche participative développée à l’intérieur du concept de Manoeuvre permet de redéfinir les rôles normalement attribués à l’artiste et au spectateur, allant peut-être même jusqu’à les confondre.[1]

 

Un merci sincère à tous les participants et à toutes les participantes qui, de près ou de loin, ont construit et permis par divers moyens la réalisation de l’Étendard !

 

Merci à Isabelle Bisson-Carpentier pour la relecture du texte.

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[1] BLANCHET, Anne-Sophie. « Confusion des rôles ? L’artiste et le spectateur dans la Manoeuvre », Cahiers d'histoire, vol. 31, n° 1 (2012), p. 58, dans Érudit, http://www.cegepgim.ca:2059/revue/histoire/2012/v31/n1/1011678ar.html (Page consultée le 19 novembre 2015)

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